Glyphosate en espagne enjeux, réglementation et conséquences pratiques

Le glyphosate occupe une place centrale dans le débat agricole et environnemental espagnol depuis plusieurs années. Cette substance active, présente dans de nombreux herbicides, soulève des interrogations légitimes : peut-on encore l’utiliser en Espagne ? Dans quelles conditions ? Quels sont ses effets réels sur la santé et l’environnement ? Alors que l’Union européenne a renouvelé son autorisation jusqu’en 2033, l’Espagne adapte sa réglementation nationale et régionale. Entre les besoins pratiques des agriculteurs, les restrictions croissantes et les inquiétudes des citoyens, la situation mérite d’être clarifiée. Ce guide examine la réglementation actuelle, les impacts concrets et les alternatives qui se dessinent pour l’agriculture espagnole.

Situation actuelle du glyphosate en Espagne et cadre légal

Comprendre le statut du glyphosate en Espagne nécessite de distinguer trois niveaux de réglementation : européen, national et régional. Cette superposition crée un cadre complexe mais cohérent, où le produit reste autorisé tout en étant de plus en plus encadré.

Où en est la réglementation du glyphosate en Espagne aujourd’hui

En 2025, le glyphosate demeure homologué en Espagne conformément à la décision européenne de renouvellement. Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation publie régulièrement au Bulletin officiel de l’État (BOE) les produits phytosanitaires autorisés contenant cette substance active. Chaque formulation commerciale doit obtenir une autorisation spécifique précisant les cultures, dosages et modalités d’application.

Les communautés autonomes peuvent ajouter des restrictions supplémentaires. La Catalogne, les Baléares et le Pays Basque ont ainsi renforcé les limites d’usage dans les espaces publics et certaines zones protégées. Ces mesures régionales complètent le cadre national sans le contredire.

Comment l’Espagne applique les décisions européennes sur le glyphosate

La transposition des décisions européennes suit un processus précis en Espagne. Une fois qu’une substance active est approuvée par la Commission européenne, le ministère espagnol évalue les demandes d’autorisation de mise sur le marché pour chaque formulation commerciale. Cette évaluation examine la composition exacte du produit, ses adjuvants et son profil toxicologique.

L’Agence espagnole des médicaments et produits sanitaires (AEMPS) coordonne avec l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour établir les limites maximales de résidus dans les denrées alimentaires. Les utilisateurs professionnels doivent obligatoirement détenir un certificat de qualification phytosanitaire, obtenu après formation, pour acheter et appliquer ces produits.

Glyphosate interdit en Espagne ou simplement restreint selon les usages

Contrairement à l’idée reçue, le glyphosate n’est pas interdit en Espagne mais fait l’objet de restrictions ciblées. Les principaux lieux où son usage est limité ou prohibé incluent :

  • Les espaces verts publics et terrains de sport dans la majorité des municipalités
  • Les abords immédiats des écoles, crèches et établissements de santé
  • Les zones Natura 2000 et espaces naturels protégés, sauf dérogation
  • Les zones tampons le long des cours d’eau et points de captage d’eau potable

Dans le secteur agricole productif, l’utilisation reste permise avec des conditions strictes de dosage, de période d’application et de délai avant récolte. Les agriculteurs doivent consigner chaque traitement dans un registre phytosanitaire obligatoire, précisant date, parcelle, produit, dose et justification agronomique.

Impacts du glyphosate en Espagne sur santé, environnement et agriculture

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Les conséquences de l’usage du glyphosate dépassent le cadre réglementaire et touchent directement la santé publique, les écosystèmes et l’économie agricole espagnole.

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Quels sont les risques sanitaires du glyphosate selon les autorités espagnoles

Les autorités sanitaires espagnoles reprennent les conclusions de l’EFSA et de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), qui classent le glyphosate comme irritant pour les yeux et la peau mais pas comme cancérogène probable. Cette position diffère de celle du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), dépendant de l’OMS, qui l’a classé comme « cancérogène probable » en 2015.

Le ministère de la Santé recommande néanmoins des précautions strictes lors de la manipulation : port de gants, de vêtements de protection intégrale, de lunettes et de masque respiratoire pour les applications professionnelles. Les femmes enceintes et les personnes présentant des pathologies respiratoires doivent éviter toute exposition directe.

Des études menées par l’Institut de santé Carlos III ont détecté des traces de glyphosate dans l’urine de populations exposées professionnellement, notamment dans les régions d’agriculture intensive comme Murcie et Almería, sans toutefois dépasser les seuils considérés comme préoccupants selon les critères actuels.

Effets environnementaux observés dans les sols, eaux et biodiversité espagnols

Le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) a documenté la présence de résidus de glyphosate dans plusieurs bassins hydrographiques espagnols. Les concentrations les plus élevées apparaissent dans le bassin de l’Èbre, le Guadalquivir et certaines zones du Tage, particulièrement après les périodes de traitement printanier.

Zone géographique Type de contamination Niveau observé
Bassin de l’Èbre Eaux de surface 0,1 à 2,5 µg/L
Andalousie (oliveraies) Sols agricoles Traces variables
Castille-La Manche (céréales) Eaux souterraines Inférieur au seuil 0,1 µg/L

Concernant la biodiversité, des recherches menées à l’Université de Barcelone montrent que le glyphosate peut affecter certaines populations de plantes adventices favorables aux pollinisateurs. Dans les oliveraies traditionnelles, la disparition de cette flore spontanée sous l’effet d’herbicides totaux comme le glyphosate appauvrit les ressources pour les abeilles et autres insectes auxiliaires.

Conséquences économiques pour les agriculteurs espagnols en cas de restriction accrue

Pour les exploitations céréalières de Castille-et-León ou d’Aragon, le glyphosate représente une solution économique pour le désherbage de pré-semis ou en interculture. Son coût d’application varie entre 15 et 30 euros par hectare, contre 60 à 120 euros pour un désherbage mécanique nécessitant plusieurs passages.

Une interdiction brutale forcerait les agriculteurs à investir dans du matériel de désherbage mécanique ou thermique, estimé entre 8 000 et 25 000 euros selon la taille de l’exploitation. Les coopératives agricoles d’Estrémadure et de Castille-La Manche alertent sur le risque de baisse de compétitivité face aux importations de pays tiers appliquant des normes moins strictes.

Certaines exploitations viticoles de la Rioja et de Catalogne ont déjà réduit leur usage de glyphosate de 70 % depuis 2020, en combinant enherbement maîtrisé du rang et travail mécanique du cavaillon. Le surcoût initial, estimé à 150 euros par hectare la première année, se réduit ensuite avec l’amélioration de la structure du sol et la diminution de l’érosion.

Usages concrets du glyphosate en Espagne selon les secteurs et territoires

L’utilisation du glyphosate varie considérablement selon les systèmes de production et les régions, reflétant la diversité agricole espagnole.

Utilisation du glyphosate dans les grandes cultures, vignes et oliveraies espagnoles

Dans les systèmes céréaliers extensifs des plateaux castillans, le glyphosate intervient principalement en pré-semis pour nettoyer les parcelles avant implantation du blé ou de l’orge. Cette pratique limite l’érosion en évitant les labours répétés et préserve l’humidité résiduelle du sol, particulièrement précieuse dans ces zones semi-arides recevant moins de 400 mm de pluie annuelle.

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Les oliveraies andalouses représentent un autre secteur de forte utilisation. Dans les plantations intensives et super-intensives d’Jaén ou de Cordoue, le glyphosate contrôle les adventices sous le rang d’oliviers, tandis que l’inter-rang est travaillé mécaniquement ou enherbé. Les doses appliquées oscillent entre 1,5 et 3 litres de produit commercial par hectare, généralement une à deux fois par an.

Le secteur viticole présente des situations contrastées. Les appellations d’origine protégées comme Priorat ou Ribera del Duero encouragent désormais les pratiques alternatives, tandis que certaines zones de production de raisin de table à Murcie maintiennent un recours régulier au glyphosate pour gérer rapidement les adventices estivales compétitives pour l’eau.

Gestion du glyphosate par les collectivités locales et entretien des espaces urbains

Depuis 2020, une majorité de municipalités espagnoles ont supprimé le glyphosate de leur arsenal d’entretien des espaces publics. Barcelone, Madrid, Valence et Séville ont adopté des plans de désherbage zéro-phytosanitaire combinant techniques mécaniques, thermiques et acceptation d’une végétation spontanée contrôlée.

Les méthodes alternatives déployées incluent le désherbage à eau chaude pour les voiries, le paillage dans les massifs, la brosse rotative pour les trottoirs et l’enherbement raisonné dans certains espaces verts secondaires. Ces changements ont nécessité une formation des équipes techniques municipales et une sensibilisation des habitants pour accepter une esthétique urbaine moins aseptisée.

Certaines communes rurales de Galice, Castille-et-León ou Estrémadure continuent ponctuellement à utiliser du glyphosate pour l’entretien de cimetières ou de zones difficiles d’accès, mais la tendance générale va vers l’abandon progressif, notamment sous la pression des associations de riverains et parents d’élèves.

Comment les coopératives et distributeurs espagnols encadrent l’usage du glyphosate

Les coopératives agricoles espagnoles jouent un rôle crucial dans la transition vers des pratiques plus raisonnées. Des organisations comme Cooperativas Agro-alimentarias de España organisent des sessions de formation sur la gestion intégrée des adventices, montrant que la réduction du glyphosate est compatible avec la rentabilité économique.

Plusieurs distributeurs de produits phytosanitaires ont créé des programmes d’accompagnement technique incluant le diagnostic de pression d’adventices, le calcul de seuils d’intervention et la proposition de stratégies combinant herbicide sélectif, désherbage mécanique et agronomie. Ces services gratuits ou à coût réduit visent à fidéliser les clients tout en les préparant aux évolutions réglementaires.

Les groupements de développement agricole (GDA) de régions comme Navarre ou Catalogne testent depuis 2022 des protocoles de réduction progressive du glyphosate sur des fermes pilotes, avec un suivi économique et agronomique rigoureux. Les résultats sont ensuite diffusés lors de journées techniques régionales pour encourager l’adoption par d’autres exploitations.

Alternatives, bonnes pratiques et perspectives d’avenir du glyphosate en Espagne

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Face aux restrictions croissantes, l’agriculture espagnole explore des voies de sortie progressive du glyphosate sans compromettre sa viabilité économique.

Quelles alternatives au glyphosate sont réellement opérationnelles en Espagne

Le désherbage mécanique s’impose comme l’alternative la plus mature pour les grandes cultures. Herses étrilles, bineuses guidées par GPS et houes rotatives permettent de maîtriser les adventices avec une efficacité croissante grâce aux progrès de l’agriculture de précision. Ces outils conviennent particulièrement aux sols limono-argileux de la vallée de l’Èbre ou des plaines andalouses.

Les couverts végétaux gagnent du terrain dans les systèmes arboricoles. Des mélanges de légumineuses et graminées semés entre les rangs d’oliviers ou de vignes concurrencent les adventices tout en améliorant la fertilité du sol et en limitant l’érosion. Cette pratique s’adapte bien aux zones à pluviométrie supérieure à 500 mm, comme la Catalogne intérieure ou certaines parties de l’Andalousie occidentale.

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Le désherbage thermique, par flamme ou eau chaude, reste marginal en agriculture extensive à cause de son coût énergétique élevé, mais trouve sa place dans les cultures maraîchères à haute valeur ajoutée de la huerta valencienne ou des serres d’Almería. Son utilisation se limite généralement aux rangs de plantation ou aux zones sensibles près des habitations.

Stratégies de réduction du glyphosate dans les exploitations agricoles espagnoles

La gestion intégrée des adventices repose sur une combinaison de leviers agronomiques et techniques. La rotation des cultures, encore perfectible dans certaines zones de monoculture céréalière, perturbe le cycle des adventices problématiques et réduit la pression globale. L’alternance blé-pois chiche ou orge-tournesol pratiquée dans certaines exploitations de Castille-La Manche permet de diviser par deux le nombre de traitements herbicides.

L’ajustement de la densité de semis et du choix variétal offre également des marges de manœuvre. Des variétés de blé à développement végétatif rapide couvrent mieux le sol et concurrencent efficacement les adventices printanières, réduisant le besoin d’intervention chimique post-levée. Cette approche est testée avec succès dans les zones de Terre de Campos et de La Mancha.

Le faux-semis, technique consistant à préparer le sol pour faire lever les adventices puis les détruire avant le semis de la culture, se développe dans les exploitations en agriculture de conservation. Cette pratique limite le stock semencier d’adventices dans le sol et peut réduire de 30 à 50 % les besoins en herbicides sur plusieurs années.

Vers quelle évolution du glyphosate en Espagne dans les prochaines années

L’horizon 2033, date de fin de l’autorisation européenne actuelle, constituera un jalon décisif. D’ici là, l’Espagne devrait progressivement renforcer ses restrictions, notamment dans les zones de captage d’eau potable et les espaces Natura 2000. Plusieurs communautés autonomes envisagent d’étendre les zones sans glyphosate autour des établissements scolaires, passant de 50 à 100 mètres de périmètre de protection.

Les plans stratégiques nationaux issus de la Politique agricole commune (PAC) 2023-2027 incluent des éco-régimes rémunérant la réduction des intrants phytosanitaires. Ces aides, de 40 à 80 euros par hectare selon les régions, encouragent les agriculteurs à tester des systèmes moins dépendants du glyphosate sans risquer leur équilibre économique à court terme.

L’innovation technologique jouera également un rôle central. Le désherbage robotisé, le désherbage électrique et les herbicides de biocontrôle sont en phase de développement avancé. Des entreprises basées en Catalogne et à Valence travaillent sur des solutions adaptées aux conditions méditerranéennes qui pourraient arriver sur le marché avant 2028.

Les exploitations qui anticipent dès maintenant cette transition, en diversifiant leurs méthodes de désherbage et en renforçant leur agronomie, seront les mieux positionnées pour maintenir leur compétitivité tout en répondant aux attentes sociétales croissantes pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement et de la santé.

Éloïse Kerguelen

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